mardi 8 mai 2012

lundi 16 avril 2012

Voyages-voyages

Ahaha..lecteur de ce petit blog je sens que tu m'envies de courir les îles de cet océan dit indien ! Mais comme l'herbe est toujours plus verte dans le pré d'à côté et que je suis une casanière contrariée....je rêve de mystérieuse Carpates, de brumeuses Angleterre, du Paris des Envierges et du plat marais où pousse la salicorne....



samedi 14 avril 2012

Ya me voy !

Les poissons, les coraux, les anémones de mer...seront bientôt loin de moi. Je n'en suis pas triste. Après quatre ans de Mayotte, j'ai fait le plein d'images tropicales et j'aspire à notre vieille Europe avec la fièvre du Basque qui revient au pays.
Comme je l'ai déjà dit dans ce cher petit blog "on n'erre pas impunément sous les palmiers"...
 (Goethe les Affinités électives, relu cette année car c'est au concours de l'agreg...Non, non je ne passe pas l'agreg mais leur programme me fait chaque année un matelas de lecture dont je ne sors jamais déçue)
Bref, me voilà lessivée, rincée par 4 bien pleines années de tropicalité, d'insularité, de soleil, de chaleur, de moiteur, de 5/5 anti moustiques et de faune humaine étrange, déphasée, tropicalisée... dans ces dernières poussières de colonies.
Que me reste-t-il de ces 4ans ? ...  des couleurs sur la rétine.
 le non sens, l'absurdité, l'assignation à résidence (eu égard au coût des billets d'avion), l'isolement...Et beaucoup de leçons apprises durement, des avancées, des victoires aussi ...Chèrement acquises.

Et quelques jolies images subaquatiques...







dimanche 25 mars 2012

Maurice

Est-ce que tout le charme de Maurice ne réside pas dans cette pointe de zézaiement qui trahit la gentillesse sous la menace ?

dimanche 27 novembre 2011

D'Ouest ou d'Est
Sur les plants de riz
Bruits du vent
Bashô(1644-1694)


mardi 1 novembre 2011

retour dans une enfance : Mantasoa, Madagascar.

Yves m'avait écrit : "Tu ne nous dis rien de l'émotion d'Emmanuel, quarante années et le retour dans son enfance..."
Alors...avec son autorisation...Voilà :
Je me souviens de la maison crème autour de laquelle nous faisions du vélo
Je me souviens que, dans l’allée, nous faisions voler des hannetons en grappes devant nous, reliés par des fils blancs que nous nouions à leurs pattes.
Je me souviens des pigeons.
Je me souviens de la terrasse, derrière la maison, devant la cuisine où nous faisions sécher le café avant de le torréfier.
Je me souviens des poules.
Je me souviens de la lumière.
Je me souviens des grands arbres qui marquaient l’entrée.
Je me souviens d’une chute en vélo. Mon vélo avait le guidon droit, une selle large, pas de frein sinon le rétropédalage. Je suis passé par-dessus en descendant de la maison des Récoché. Dans le virage. J’ai fini à pied en me tenant le genou. C’était un jour de classe. J’ai attendu sur le perron que maman revienne.
Je me souviens que je suis tombé sur un tesson de bouteille en courant au stade, qui est en contrebas de la maison. C’est ma deuxième cicatrice au genou.
Je me souviens m’être cassé la jambe. Juliette s’est cassé le coude, en tombant d’une balançoire.
Je me souviens avoir mis le feu à la corbeille de papier. Pour aller plus vite. La corbeille était pleine tous les matins des pages que papa tapait avec sa machine à écrire et reprenait la nuit. Mon travail était de vider la corbeille, et de brûler les feuilles. J’ai directement mis le feu à la corbeille.
Je me souviens que les Récoché sont arrivés un jour que les parents n’étaient pas là. Et que je les ai reçus en leur offrant du whisky, des biscuits et en leur faisant la conversation. J’avais quatre ans.
Je me souviens des tortues et de la poule qui dormait sur l’une d’elles.
Je me souviens que nous faisions cuire du sucre, des cacahouètes, qu’on huilait une bouteille et qu’on écrasait le caramel sans se brûler avant de découper des rectangles pendant que la pâte refroidissait sur la table en pierre.
Je me souviens être allé pêcher au lac derrière la maison.
Je me souviens de l’arbre qui était tombé dans l’eau. Il nous servait de promontoire pour aller loin sur l’eau. J’avais attrapé un petit poisson qui brillait dans la lumière. Jérôme en voulait d’autres. J’y suis retourné. Je ne sais pas si j’en ai attrapé.
Je me souviens de notre chambre à l’étage. L’escalier était à droite, en allant vers la cuisine. Il était raide.
Je me souviens du frigo à pétrole.
Je me souviens des bananiers derrière la maison.
Je me souviens de l’Aronde bleue avec son volant en bakélite claire, son long ruban en acier qui courait en demi-cercle à l’intérieur du volant, sa plaque : 38 30 TB.
Je me souviens de la verdure et des odeurs des feuilles d’eucalyptus écrasées.
Je me souviens de l’eau des rizières qui se dessinaient de l’autre côté du stade. Le vent invisible en passant caressait les tiges de riz ;
Je me souviens du bain de la reine où j’allais nager. Les femmes venaient y laver le linge.
Je me souviens d’une balançoire, toute seule.
Je me souviens que Jérôme me prêtait son grand vélo. Je passais sous la barre, pédalais en étant à moitié en dehors.
Je me souviens que je n’aimais pas du tout aller au lac, surtout avec les Récoché.
Je me souviens que nous avions une chienne : Koï (pour Koira, chien en finnois).
Je me souviens que j’ai pleuré, une fois tout seul, dans l’escalier derrière la maison de Jean Laborde.
Je me souviens comme j’ai aimé vider les rizières, les genoux dans la boue, avec les enfants du village.
Je me souviens que je n’aimais pas dire qu’il y avait une erreur d’orthographe, ou une erreur de frappe sur une des feuilles posées sur le plancher. Il fallait que papa retape tout.
Je me souviens d’un jour où le pasteur est venu.
Je me souviens que les gens qui venaient aimaient notre maison. Je n’aimais pas que les gens aiment notre maison, ils ne restaient jamais.
Je me souviens des élèves des parents qui venaient travailler chez nous, et qui me faisaient “travailler”. Je savais les noms des rois, des reines, des premiers ministres. Je connaissais le nom des massifs, les vingt-deux provinces, les villes importantes. Je savais compter, je connaissais le nom des arbres en merina. Je savais parler.
Je me souviens du jour où on a déménagé. Et j’ai tout oublié. Tout.
Je me souviens du jour où, en descendant de la voiture, tout ce dont je me souvenais est brutalement remonté en m’étranglant.
Je me souviens qu’il n’y avait plus que mon cœur qui se serrait.
Je me suis souvenu que mes pas savaient où aller.
Je me souviens que ce n’est pas chez moi. Chez moi, c’est partout où mon œil et ma peau sont polis. Partout où, et partout avec qui je suis apprivoisé.